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Potlatch / Rrose Sélavy:
Le nome du groupe est un programme en soi. Sa seule mention dépasse l'aspect performatif d'un
rituel musical - plusieurs autres dimensions de la vie humaine, spirituelles ou matérielles,
sont impliquées (par le passé comme de nos jours, la distribution de la nourriture et des richesses).
Le but original des cérémonies de Potlatch parmi les peuples autochtones d'Amériques du nord et du sud
est régulateur - sa nature festive peut sembler spontanée, mais sa finalité est d'organiser les fonctions
sociales à l'intérieur d'une communauté et de réguler les rapports entre les tribus, d'établir
une conduite pour le commerce des produits.
Ce lien non-linéaire et pas très évident entre les démarches "gouvernementales" et le divertissement
a fasciné beaucoup d'intellectuels du Premier Monde, tel Claude Lévy-Strauss et Georges Bataille,
et a été une inspiration pour les avant-gardes artistiques depuis les années 50 et les premières adoptions
de ses principes par les "Lettristes". Il vient des temps ou les sociétés n'avaient aucun services
d'État et où les fêtes communes, danses, jeux et banquets étaient les seules occasions où normaliser
l'existence collective.
Ceci - le retour à une société sans État - est une vieille aspiration des anarchistes de chaque
tendance depuis le 19ème siècle. C'est sans surprise que nous retrouvons dans une musique libertaire
comme le free jazz un intérêt déclaré pour ce scénario.
Potlatch, le groupe, a été constitué par le percussionniste et manipulateur d'objet Monsieur Trinité,
artiste sonore d'inspiration Dada et Situationiste. Ses contributions à l'improvisation portugaise sont
nombreuses - il a joué dans le groupe Plexus de Carlos Zíngaro pendant les années 70 et a travaillé
pendant des années avec le trompettiste Sei Miguel, sans compter sa présence régulière au sein
du Variable Geometry Orchestra d'Ernesto Rodrigues.
Tous les autres improvisateurs lors de cet enregistrement, à l'exception de la chanteuse Olympia Boule
et du batteur Luís Desirat, apparaissent habituellement durant les concerts du VGO.
Le saxophoniste soprano et flutiste Jorge Lampreia fut aussi membre de Plexus durant les années 80 et
Luís Desirat a eu ces dernières années un duo avec l'un des saxophoniste majeurs de la scène free bop actuel,
Rodrigo Amado.
L'intention du nonet lors de cette apparition (avec Abdul Moimême aux saxophones tenor et alto remplaçant le
tromboniste Marcello Maggi) a quelque chose à voir avec les goûts de l'ensemble d'art de Chicago et
du Sun Ra Arkestra dans l'approche ritualiste et l'ambiance sonore.
C'est une musique organique, dense et bouillante, pleine des détails mais dirigée et syncopée.
Musique de fête aussi, pour ouvrir la conscience et pour libérer l'expression des structures fixes.
Rrose Sélavy (un calembour sur “Eros, c’est la vie”), l'alter-ego travesti de l'artiste Marcel Duchamp,
immortalisé en 1921 par le photographe Man Ray, est le motif de cet enregistrement.
L'art en tant qu'eros, c'est le message,
et cette musique est vraiment érotique.
"Rui Eduardo Paes, Musicologue, Journaliste et Ecrivain"
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Potlatch / Rrose Sélavy:
The name of this group is a program in itself. Its mere mention transcends the performative aspect
of a ritual through music – several other dimensions of human life are implied, be it spiritual
or material (traditionally as in present days, the distribution of food and wealth). The original
purpose of the Potlatch ceremonies among the indigenous peoples in both Americas is regulative –
its festive nature may seem spontaneous, but the finality is to give some kind of order to the
social functions inside a community and to rule the relationships between tribes, namely
establishing a conduct for the trade of products. This non-linear and not very evident connection
between “government” proceedings and entertainment fascinated many intellectuals of the First World,
like Claude Lévy-Strauss and Georges Bataille, and has been an inspiration for the avant-garde arts
since the Fifties and the first adoptions of its principles by the Lettrists. It comes from the
times when societies had no State services and when communal parties with dances, games and banquets
were the only occasions to normalize collective existence. This – the return to a society without
the State – is an old aspiration for the Anarchists of every tendency since the 19th century. It
is with no wonder that we find a Libertarian music like Free Jazz declaring an interest for that
scenario.
Potlatch, the band, was formed by percussionist and object manipulator Monsieur Trinité, a Dada
and Situationist motivated sound artist. His contributions to Portuguese improvisation go far –
he played in Carlos Zíngaro’s group Plexus during the Seventies and worked for many years with
trumpeter Sei Miguel, besides being one of the regular members of Ernesto Rodrigues’ Variable
Geometry Orchestra. All the other improvisers in this live recording – except for guest singer
Olympia Boule and drummer Luís Desirat – make usual appearances in VGO concerts.
Soprano saxophonist and flutist Jorge Lampreia was also with Plexus in the Eighties, and Desirat had
in those years a duo with one of today’s main sax players in the free bop scene, Rodrigo Amado.
The intent of the nonet in this appearance (guest Abdul Moimême replacing trombonist Marcello
Maggi on tenor and alto saxophones) has something to do with the likes of the Art Ensemble of
Chicago and the Sun Ra Arkestra, namely in the ritualistic approach and the sound ambience.
It is an organic, dense and boiling music, full of details but with drive and syncopation.
Music to party to, to open consciousness and to liberate expression from fixed structures.
Rrose Sélavy (a pun to “Eros, c’est la vie”), a transvestite alter-ego of artist Marcel Duchamp,
as pictured by photographer Man Ray in 1921, is the motive of this recording.
Art as eros, that’s the message,
and this is really erotic music.
"Rui Eduardo Paes, Musicologist, Journalist and Writer"
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